Voici un ouvrage très intéressant, d'un monsieur qui l'est tout autant. Et même si je ne suis pas tout le temps d'accord avec lui, je vous recommande ce livre qui fait certes réfléchir, mais qui fait aussi du bien. Simplement parce que son sujet en est l'altruisme, l'empathie, l'équité, la gratitude. Ce livre est paru en 2010 aux éditions Les liens qui libèrent, mais existe aussi en poche chez Babel.

Frans de Waal est psychologue, primatologue et éthologue. Il est né en 1948 aux Pays Bas. Son principal apport est la mise en évidence du phénomène de réconciliation chez de nombreuses espèces de primates après une interaction conflictuelle, aptitude que l'on considérait auparavant comme réservée à l'espèce humaine. Il s'interroge sur ce qui fait finalement la différence entre les humains et les bonobos ou les chimpanzés, dont nous partageons 98,7 % des gènes. Selon lui, les hominidés tiennent à la fois de ces deux grands singes : querelleurs, mais aussi passificateurs. 

Pour anecdote, Frans de Waal a partagé le Prix Ig Nobel d'anatomie en 2012 avec Jennyfer Pokorny pour leur étude montrant que les chimpanzés peuvent identifier leurs congénères en voyant l'image de leur postérieur (Le prix Ig Nobel, qui peut être prononcé Ignobel, car nommé ainsi par jeu de mots entre "prix Nobel" et l'adjectif "ignoble", est un prix parodique décerné à des personnes dont les découvertes ou les accomplissements peuvent apparaître bizarres, drôles ou absurdes. Parfois dépréciatifs et critiques, les prix sont destinés à célébrer l'insolite, honorer l'imagination et stimuler l'intérêt dans les sciences, la médecine, et la technologie) En effet, on se demande bien quel intérêt à cette étude, mais c'est rigolo alors ça va.

AgeEmpathie

Le sous-titre de L'âge de l'empathie et Leçons de la Nature pour une société solidaire. En effet, Frans de Waal déplore d'abord la séparation des domaines des connaissances et souhaite remettre à sa bonne place la biologie. Pourquoi toujours placer les thèses relatives à la biologie sous le signe du négatif, laissant croire que la nature est seulement cruelle ? << Les étudiants en droit, en économie, et en politique manquent des outils nécessaires pour jeter un regard objectif sur leur propre société. A quoi la comparer ? Ils consultent rarement, pour ne pas dire jamais, l'ample corpus de connaissances sur le comportement humain qui s'est accumulé en anthropologie, en psychologie, en biologie ou en neurosciences. La réponse émanant de ces disciplines se résume en quelques mots : nous sommes un groupe d'animaux infiniment coopérants, sensibles à l'injustice, parfois bellicistes, mais essentiellement pacifistes. (...) Notre espèce présente un double visage : social et égoïste. >> Comme les chimpanzés ? Oui, et comme les cétacés, les corvidés et les éléphants. 

Pour étayer son propos, Frans de Waal à recours à ce qu'il maitrise le mieux, l'étude de cas en éthologie. De multiples exemples surprenants ou émouvants d'entraide, de partage ou de reconnaissance chez d'autres espèces viennent appuyer son discours. << J'adore cette expression anglaise —"un éléphant dans le salon"— qui désigne une vérité envahissante qu'on préfère ignorer parce que trop gênante. Les individus s'empressent d'écarter une vérité qu'ils connaissent depuis l'enfance : oui, les animaux éprouvent des sentiments et ont le souci des autres. (...) Je ne cherche même pas à démontrer l'existence de l'empathie chez les animaux. Le problème qui m'occupe n'est pas de savoir si elle est présente ou pas chez eux, mais comment elle fonctionne. >> 

Ecrit dans un langage accessible à tous, regorgeant d’anecdotes et marqué par un humour empreint d’ironie, L’Age de l’empathie met la coopération au cœur de l’évolution des espèces, ouvrant des perspectives passionnantes dans les domaines de la politique, de l’économie et dans notre manière d’être au monde.